On peut établir, dans chaque pays, un classement des patronymes les plus fréquents. Un palmarès des noms de famille qui révèle bien des surprises si on le regarde en détail…

Le palmarès des noms de famille en France

En France, les dix noms les plus portés sont, dans l’ordre :

  • Martin (porté par près de 300 000 personnes)
  • Bernard
  • Thomas
  • Petit
  • Robert
  • Richard
  • Durand
  • Dubois
  • Moreau
  • Laurent

Il s’agit surtout de "prénoms" très diffusés à l’époque de la formation des noms de famille, ce qui est logique car les patronymes ont été construits :
– à partir du nom de baptême du chef de famille (7 sur 10 ici),
– de son métier (aucune occurrence ici, le nom de famille le plus porté évoquant un métier est Lefebvre (forgeron), qui n’arrive qu’en 13e position),
– d’une caractéristique physique ou morale (ici : Petit ou encore Moreau, surnommant un homme aux cheveux noirs ou à la peau sombre)
– ou de l’emplacement de la maison (Dubois).

Or les prénoms comme Martin et Bernard se donnaient du nord au sud de la France actuelle alors que toutes les autres appellations étaient construites dans une langue locale (le forgeron, par exemple, arriverait peut-être en tête si on regroupait tous les Lefebvre, Faure, Fabre, Maréchal, Schmitt, Le Goff et bien d’autres noms qui traduisent ce métier).

Va-t-on tous s'appeler Martin dans deux siècles ?

En 1973, un généalogiste, Michel Tesnière, avait publié une étude qui avait fait sensation, indiquant que, dans quelques siècles, nous nous appellerions tous Martin, Bernard, Thomas, etc. sous prétexte que "tous les corps fermés finissent pas s’éteindre" et que les noms rares disparaîtraient tous un par un au fil des mariages et d’une natalité déclinante.
Or, la proportion des Martin était de 3,8 pour mille à la fin du XIXe siècle et de 3,2 pour mille seulement en 1990.
Celle des Bernard est passée sur la même période de 2,1 à 1,6 pour mille ; etc.
L’hypothèse de 1973 était donc fausse.
D’une part parce que le risque de disparition des noms est limité. Le Pr Jacques Dupâquier, de l’Institut, a montré que ce risque était quasi nul à partir de 35 porteurs, du moins dans les populations où le taux de natalité assure le remplacement des générations, ce qui est le cas en France.
D’autre part parce que le nombre de nouveaux patronymes s’est multiplié avec l’arrivée de familles étrangères ; il y avait environ 520 000 noms de famille différents en France en 1890, mais on en comptait plus de 1 200 000 en 1990.

Des différences considérables d'un pays à l'autre

Dans les autres pays, l’importance numérique des noms de famille arrivant en tête du palmarès est très variable selon le mode de construction des patronymes.
En Italie, où les noms se sont construits, comme en France, à partir de multiples surnoms, la variété des noms reste très grande (plusieurs centaines de milliers). Rossi, le patronyme italien le plus fréquent, est porté par 420 000 personnes.
En Espagne en revanche, les noms se sont principalement bâtis à partir des prénoms. La variété est donc beaucoup plus faible (quelques milliers, pas plus) et chaque patronyme compte tant de porteurs que cela pose régulièrement des problèmes d’homonymie dans la vie courante.
Ainsi, le nom le plus fréquent d’Espagne, Garcia (issu d’un ancien nom de baptême basque), rassemble à lui seul plus de 3 millions de personnes.
Et Martin, également présent en Espagne, dépasse le million, alors qu’il est loin d’être l’un des noms les plus portés du pays ! Notre Martin français, 1er avec moins de 300 000 personnes, fait donc bien pâle figure…

Le record en Chine et au Vietnam

Si le record du nombre de noms de famille différents reste détenu par la France (à cause de la variété de surnoms et de la multiplicité des langues dans lesquels ils ont été construits – il y avait encore, rappelons-le, 620 "patois" différents parlés en France en 1800), le record du nombre de personnes portant un seul et même nom est détenu par la Chine et le Vietnam.
Pas à cause de l’importance de leur population mais à cause du mode de construction de leurs patronymes.
Car les familles ont pris pour nom, il y a mille à trois mille ans, celui de la dynastie régnante dans leur région.
Voilà pourquoi la moitié de la population du Vietnam (soit 43 millions de personnes) s’appelle N’Guyen.
Du côté de la Chine, il n’y avait au XIXe siècle que 700 noms de famille différents et les quatre plus fréquents (Chang, Chao, Li et Wang) représentent aujourd’hui à eux quatre la moitié de la population chinoise, soit 335 millions de personnes chacun en moyenne !
Certains pays ont mis en ligne des informations chiffrées sur les noms de famille, bien utiles aux généalogistes qui recherchent leurs cousins.
Bonnes recherches !