Un Thierry Riou, de Brest, rencontre un Nicolas Riou qui habite Toulouse. « Tiens, le même nom ? Serions-nous de la même famille ? Le nom doit avoir le même sens… » Pas du tout. Petit tour d’horizon de ces noms à sens multiples…

Pas de sens possible sans origine géographique connue

Pour reprendre l’exemple ci-dessus, Riou correspond en Bretagne à un ancien nom de baptême du Vannetais, Riocus, porté par un roi breton ; en langue d’oc, ce même assemblage de lettres indique une localisation d’origine : une maison près d’un ruisseau.
Il en va de même de tous les noms de famille. Il est toujours risqué d’avancer une signification tant que la région d’origine de la famille, c’est-à-dire la langue dans laquelle a été construite le nom, n’est pas connue.

Quand un sens cache l’autre…

On pourrait multiplier les exemples :
Bach : dans le Béarn, le nom a surnommé celui qui habitait au fond d’une vallée (baischa en gascon) ; dans l’Est celui qui vivait près d’un ruisseau (baki).
Bataille : dans le nord de la France, ce nom a surnommé un bagarreur, une personne belliqueuse ; dans les pays de langue d’oc, il désigne un sonneur de cloches.
Bouquet : dans le nord de la France, le nom évoque le bouc, donc les défauts de l’animal (sale, trousse-jupons…). Dans le Sud, il désigne plutôt, comme Bousquet, un lieu d’origine planté de broussailles ou de buis.
Bris : en Bretagne, le nom a surnommé une personne dont le visage était tavelé de taches de rousseur (briz en breton). Dans la région Centre, Bris correspond en revanche à une variante du prénom latin Brictius, popularisé au Ve siècle par saint Brès, successeur de saint Martin à l’évêché de Tours.
Cluze : le nom désigne dans tous les cas une localisation, mais, dans les Alpes, il s’agit d’une vallée étroite, dans le Tarn d’une grotte.
Faye : ce nom rappelle dans le Limousin que la famille vivait au départ près d’une hêtraie. Mais Faye est aussi l’un des noms les plus portés du Sénégal, y désignant un clan.
Fel : dans le nord de la France, le nom évoquait un traître, un félon. Dans la région toulousaine, il désignait une personne amère (de l’occitan fel, bile).
Margain : en Lorraine ou dans le Lyonnais, le nom vient de marga (boue), évoquant un lieu d’origine marécageux. Dans le Nord, il s’agit en revanche d’un dérivé du prénom féminin Margue, qui est lui-même un diminutif de Marguerite.
Pellé : en Bretagne, il s’agit d’un nom de hameau fréquent, donné par extension aux familles qui y vivaient. Dans le reste de la France, le nom évoque une personne chauve, au crâne « pelé ».
Queneau : en Normandie, ce nom assez répandu aurait surnommé un serviteur fidèle puisqu’il y signifiait « petit chien ». En Touraine et en Anjou, où le mot désignait un canard, il aurait été attribué à une personne boiteuse, dont la démarche rappelle celle du canard.

Attention aux rêves…

Beaucoup de personnes se mettent à rêver sur l’origine de leur nom lorsque que le même assemblage de syllabes existe dans une langue exotique. Une tendance récente, favorisée par les voyages. « N’aurais-je pas une ascendance orientale ? » demande le Berrichon dont le nom est aussi un mot de la langue yéménite ? « Mon nom signifie ‘valeureux’ en tibétain, explique un Auvergnat, je descends peut-être d’un compagnon de Marco Polo »…
Certains assemblages de syllabes peuvent se retrouver dans toutes les langues ; ils ne prouvent pas pour autant une ascendance venue de tous les pays du monde. Lorsque les noms de famille se sont créés, eux n’avaient que leurs pieds pour se déplacer. Gardons donc les nôtres sur terre…

Marie-Odile Mergnac